“Voyage au bout de soi dans la nuit des idées”

Dans l'épaisseur de l'obscurité l'esprit se fraye un chemin en lui-même, dans l'immensité du silence.

Voyage au bout de soi dans la nuit des idées

“Une fois dans l’habitacle du cocon, on est déjà seul avec soi. Le rituel veut que l’on se déshabille et que l’on se douche avant et après avoir flotté. La lumière qui émane du cocon et auréole sa bouche entrouverte nous hypnotise. La nappe d’eau est comme un grand miroir ovale luminescent. La surface immobile est bientôt troublée par le pied qui s’y aventure. L’eau, fortement saturée en sel, permet au corps de flotter. On est comme porté à bout de bras, et c’est toutes les parties du corps qui sont surprises par cette sensation nouvelle. Une petite voix guide la respiration et suggère des visualisations pour faciliter la déconnexion. Puis la lumière s’estompe doucement jusqu’à laisser place au noir.

Dans l’épaisseur de l’obscurité, l’esprit se fraye un chemin en lui-même, dans l’immensité du silence. L’environnement n’a plus d’odeur, plus de contours. C’est à peine si le léger va-et-vient de la respiration nous parvient. Voyage au bout de soi dans la nuit des idées. Enveloppé dans ce rideau de soie tiède. L’espace bombé au dessus de soi est un ventre. Un ventre spacieux où les doigts s’étirent à l’infini.. À défaut de se rappeler consciemment des sensations pré-natales, le corps perçoit sans doute des réminiscences esquissées par le bruissement des mouvements à travers l’eau.

Des gestes fossiles, des réflexes d’étirement et de repli. Accroupi au fond de soi, tout au fond de soi, c’est dans cette confusion des sens, dans cette perte des repères qu’on peut finalement puiser la force et l’équilibre. Au bout du voyage, au bout de cette heure pleine de ce que chacun aura su y mettre, la lumière reparait. Il faut naître à nouveau. Pas d’infirmière ni de cris de joie. Juste le silence opalescent d’un nouveau jour pour soi.

Texte et photo de Mari-Sarah Adenis

ProfilContributeur-MarieSarah

Marie-Sarah Adenis

Après un parcours de recherche en biologie puis en Neurosciences Cognitives à l’ENS, où elle s’est initiée à une méthodologie scientifique, Marie-Sarah Adenis s’oriente vers le design industriel à l’ENSCI-les-Ateliers en 2012. Ses projets se construisent principalement autour du vivant car ce sont ses qualités intrinsèques, son mouvement, ses évolutions, ses rythmes, sa complexité, sa sensualité qui l’attirent et l’amènent à explorer des questions fondamentales liées à la manipulation du vivant. Sa pratique de designer s’inscrit sur le territoire de la recherche, tant dans la méthode que dans la forme que prennent ses projets. Elle gravite également au sein de l’écosystème de La Paillasse (Laboratoire Communautaire et Ouvert), où elle est une personne ressource sur les questions de collaborations entre artistes et scientifiques.